TRIBUNE : Réindustrialiser le pays, un enjeu climatique majeur

Il est indispensable d’accompagner les entreprises industrielles dans leurs mutations écologiques et de les inciter à la relocalisation de productions en France.

Depuis plusieurs décennies, la France connaît un mouvement continu de désindustrialisation, la part de l’industrie dans la richesse nationale passant de 18 % en 1995 à 12 % aujourd’hui.

Cette fragilisation du tissu productif français a eu un impact triplement négatif : sur l’emploi, avec la suppression d’un million d’emplois industriels, sur la balance commerciale, dont le déficit atteint un niveau record de 62 milliards d’euros en 2017, mais aussi sur le climat, en favorisant l’importation de biens industriels produits dans des conditions environnementales souvent très inférieures aux normes françaises.

Politique climatique paradoxale

La France mène depuis plusieurs années une politique climatique paradoxale, applaudissant la baisse de ses émissions domestiques tout en important massivement des produits à forte empreinte carbone. A cet égard, les chiffres sont éloquents : les émissions françaises de gaz à effet de serre ont baissé de 20 % entre 1995 et 2015, notamment grâce à l’efficacité énergétique de l’industrie, quand l’empreinte carbone nationale (y compris les émissions importées) a augmenté de 11 %, et poursuit sa hausse.

Dans ce contexte, il faut reposer les termes du débat : la politique énergétique est autant un enjeu climatique qu’un enjeu de compétitivité et d’attractivité du site France. Les fuites de carbone sont aussi des fuites d’investissements.

Il serait paradoxal que la France respecte ses engagements internationaux en matière de lutte contre le changement climatique au prix de la disparition de son tissu productif énergétiquement performant. Pour cela, il est indispensable d’accompagner les entreprises industrielles dans leurs mutations écologiques, d’inciter à la relocalisation de productions en France, et de développer de nouvelles offres.

Mix énergétique

Pour quelles raisons ? En premier lieu parce que les entreprises industrielles sont des acteurs essentiels du processus de transition énergétique vers une économie bas carbone. Représentant 80 % de la R & D privée, elles sont les mieux placées pour faire bénéficier notre pays des évolutions scientifiques, technologiques, des capacités d’innovation de rupture et des compétences d’ingénierie qui, demain, permettront d’atteindre les objectifs assignés aux niveaux français et européen. Ces évolutions sont à notre portée.

Ensuite, parce que l’industrie française, et en particulier les industries « énergie-intensives », compte parmi les plus efficaces au monde sur les plans énergétique et climatique. Poussée par la concurrence, la hausse des prix de l’énergie et le cadre réglementaire européen, l’industrie a amélioré son « intensité énergétique » de plus de 20 % entre 2002 et 2015.

Enfin, parce que notre industrie peut s’appuyer sur un mix énergétique français diversifié, parmi les plus faiblement carbonés au monde, grâce aux capacités de production actuelles et à venir, mixant nucléaire, renouvelables, dont l’hydroélectrique, l’éolien, le solaire, la chaleur et les gaz verts.

Agenda énergétique et climatique

Le gouvernement s’apprête à définir sa politique énergétique pour les années à venir. Celle-ci devrait s’appuyer sur un scénario ambitieux de réindustrialisation de notre pays. Il devra s’accompagner de stratégies d’investissement équilibrées permettant l’émergence de nouvelles technologies et de nouvelles filières industrielles, ainsi que le développement d’une offre digitale en pleine expansion pour économiser l’énergie.

En évitant le risque d’impasse énergétique, il devra assurer la sécurité d’approvisionnement. Il devra assurer la compétitivité des entreprises via une stricte maîtrise du coût de l’énergie. Il s’inscrira enfin dans un cadre européen pour éviter toute distorsion au détriment des entreprises françaises. Une équation certes difficile à résoudre, mais dont les variables sont connues.

Dotée de leaders mondiaux sur l’ensemble de la chaîne de valeur de l’énergie, la France dispose d’atouts majeurs pour produire sur son territoire des solutions d’avenir et porter une vision cohérente au plan européen. Faisons de la réindustrialisation du pays une priorité de notre agenda énergétique et climatique !

Pascal Juéry est président de France Chimie

Philippe Varin est président de France Industrie