Point de vue de Philippe Varin « La souveraineté industrielle française : un enjeu de l’après-crise !

TRIBUNE PARUE DANS LES ECHOS – 29 avril 2020

Pour faire face à la crise du covid19, le Gouvernement a agi sur le front sanitaire et économique pour éviter la propagation du virus, protéger la population, tout en évitant à notre pays un effondrement économique et une grave crise sociale. Garantie de l’Etat aux emprunts bancaires pour protéger la trésorerie des entreprises, massification du régime d’activité partielle, report des échéances fiscales et sociales, aides spécifiques d’urgence pour les secteurs les plus touchés, le Gouvernement s’est montré très réactif pour assurer la survie des entreprises et des emplois. Ces mesures sanitaires, sociales et économiques ont permis de soutenir à la fois l’offre et la demande afin d’assurer continuité ou reprise d’activité, tout en sauvegardant compétences et pouvoir d’achat des Français.

Mais la perspective du déconfinement graduel après le 11 mai prochain nous oblige à dépasser le contexte d’urgence pour nous projeter « dans l’après ».

Comme l’a calculé l’INSEE, chaque mois passé en confinement représente pour notre économie un sacrifice de 3 points de PIB. Avec 9 millions de salariés en activité partielle, et un niveau d’activité tombé à 55 % pour l’industrie, la situation actuelle ne peut s’éterniser à plus d’un titre.

D’abord, au regard de sa soutenabilité budgétaire et financière pour les finances publiques – 110 Mrds € de dépenses d’urgence à ce stade – même dans un contexte d’orthodoxie financière « desserrée ». Car nous savons tous comment les déficits d’aujourd’hui, même justifiés, sont appelés à devenir les impôts de demain, sans compter le surpoids d’un endettement qui hypothèque notre avenir collectif. Personne ne saurait se satisfaire non plus de salariés durablement payés par l’Etat, d’une économie de guerre planifiée, d’une suspension des flux économiques et de la liberté d’entreprendre qui va avec.  

Nous le savons : notre modèle économique et social constitue un formidable amortisseur de crise mais il a le défaut de son avantage. Il constitue aussi un frein dans la phase de reprise, par le caractère économiquement pénalisant de son financement par le crédit et l’impôt. Il incite par ailleurs de manière insuffisante à l’investissement productif et à la création d’emplois, et pèse lourdement sur notre compétitivité. Au-delà de ce raisonnement économique qui repose sur le fait que la richesse nationale provient de l’activité productive et commerciale, du soutien à l’innovation et au développement des exportations, et non du déficit et de l’emprunt, cette crise sanitaire nous a révélé brutalement le caractère essentiel de la production. La crise sanitaire qui a débouché sur une pénurie mondiale de masques, et la désorganisation des flux d’approvisionnement de l’économie mondiale, en sont l’illustration. Il est donc indispensable que les actuelles mesures de survie soient rapidement relayées par des mesures de relance, qui permettront à notre pays de recréer de la richesse.

Il faut aussi s’en donner les moyens et ne pas retomber dans les expédients court-termistes du monde d’avant. La France doit savoir réinventer « sur le temps long » un nouveau modèle productif et une compétitivité qui intégrera dans nos choix économiques le risque de rupture d’approvisionnement, le coût du carbone, le coût de notre chômage structurel ou celui de nos fractures sociales. Ceci nous conduira à relocaliser certains maillons stratégiques de nos chaînes de valeur, à développer les circuits courts et à accélérer l’industrialisation sur les marchés futurs : technologique et numérique.

Restaurer dans ces conditions la compétitivité de l’appareil productif impliquera un plan de soutien massif pour traiter nos handicaps actuels, notamment en matière de fiscalité de production, pour pouvoir produire des effets visibles et durables.  Enfin, la mise en œuvre de dispositifs de formation performants permettant de répondre aux nouveaux besoins, une agilité accrue pendant cette période de transition en matière d’organisation du travail, et un dispositif de reclassement à proximité des demandeurs d’emploi, seront déterminants pour préserver et développer le capital humain de notre pays.

C’est seulement ainsi que nous pourrons engager une véritable renaissance de notre industrie dans nos territoires et donner vie à une souveraineté économique française.

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