[Les Echos] Tribune collective : appel à la préférence européenne
Alexandre Saubot, Président de France Industrie, est signataire de la tribune collective initiée par le commissaire européen Stéphane Séjourné et co-signée par plus de 1 000 dirigeants d’entreprise pour lancer un appel en faveur de la préférence européenne dans les achats publics.
Une vingtaine d’adhérents de France Industrie sont également signataires, comme A3M, Aluminium France, Aperam, ArcelorMittal, Constellium, EDF, elanova, Engie, Forvia, le GICAN, Michelin, Naval Group, Orano, la PFA, Polyvia, Saint-Gobain, Sanofi, Servier, Solvay, Syensqo, Veolia et Vicat.
La préférence est au cœur du plaidoyer européen de France Industrie, notamment depuis les élections européennes de 2024. Aux États-Unis, le Buy American Act et l’Inflation Reduction Act ont envoyé un signal clair aux industriels, en combinant subventions, crédits d’impôt et préférence domestique dans les marchés publics fédéraux. En Chine, la politique de soutien massif aux champions industriels, et l’exclusion des opérateurs étrangers, est assumée de longue date. L’Europe, elle, débat encore. France Industrie appelle de ses vœux la présentation de l’Industrial Accelerator Act européen afin de permettre à nos entreprises de bénéficier pleinement des marchés publics, des financements européens et des aides d’État, et de contribuer à la création, à terme, d’un tissu industriel robuste dans l’ensemble des secteurs.
Texte de la tribune qui a été publiée le lundi 2 février Les Echos et dans de nombreux journaux économiques européens : Kurier (Autriche), De Tijd and L’Echo (Belgique), Jutarnji list (Croatie), Politis Daily (Chypre), Hospodářské noviny (République tchèque), Handelsblatt (Allemagne), Kathimerini (Grèce), Corriere della Sera (Italie), Het Financieele Dagblad (Pays-Bas), Rzeczpospolita (Pologne), Expresso (Portugal), Ziarul Financiar (Roumanie), El Mundo (Espagne) et Dagens Industri (Suède).
« Un appel en faveur de la préférence européenne
L’année 2026 s’est ouverte sur un monde que nous ne pensions révolu. Un monde gouverné par le rapport de force.
Droits de douane, subventions massives, restrictions à l’exportation, violations de la propriété intellectuelle : la concurrence internationale n’a jamais été aussi déloyale. Alors que les règles du commerce sont en train d’être redéfinies, nous n’avons plus le choix.
Sans une politique industrielle ambitieuse, efficace et pragmatique, l’économie européenne est condamnée à n’être qu’un terrain de jeu pour ses concurrents. Les risques sont imminents : mise en péril de nos industries phares et de notre savoir-faire, réduction de notre empreinte industrielle mondiale. En un mot, nous risquons de laisser notre continent dégénérer progressivement en une simple chaîne de montage pour puissances extérieures.
Nous ne pouvons pas laisser cela se produire.
C’est pourquoi, depuis plus d’un an maintenant, la Commission européenne, en collaboration avec les chefs d’entreprise européens, a replacé la compétitivité au cœur de l’agenda géopolitique européen. Ensemble, nous faisons tout notre possible pour améliorer l’accès de nos industries à l’énergie, aux matières premières, aux investissements, aux compétences et, bien sûr, à notre marché de 450 millions de consommateurs.
Et pourtant, cela ne suffit pas. Ou plus. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Rien que l’année dernière, par exemple, l’Union européenne a enregistré un déficit commercial record de 350 milliards d’euros vis-à-vis de la Chine.
Que pouvons-nous faire ?
Notre réponse peut se résumer en trois mots, qui ont l’avantage d’être compris dans toutes es langues du monde : « made in Europe ». Les Chinois ont le « Made in China », les Américains ont le « Buy American », et la plupart des autres puissances économiques ont des programmes similaires, qui donnent la préférence à leurs propres atouts stratégiques.
Alors pourquoi pas nous ?
Il est temps pour l’Europe de produire plus, et surtout, plus stratégiquement. Pour garantir notre sécurité économique, nous devons soutenir et sécuriser nos chaînes de valeur clés.
En tant que dirigeants économiques et politiques, nous devons collectivement faire ce que nous n’avons jamais osé faire auparavant – par peur, par idéologie ou par habitude. Nous devons établir, une fois pour toutes, une véritable préférence européenne dans nos secteurs les plus stratégiques. Elle repose sur un principe très simple : chaque fois que l’argent public européen est utilisé, celui-ci doit contribuer à la production et aux emplois européens.
Qu’il s’agisse d’un marché public, d’une aide d’État ou de toute autre forme de soutien financier, l’entreprise bénéficiaire devra produire une partie substantielle de sa production sur le sol européen. Nous devons bien sûr appliquer cette logique également aux investissements directs étrangers.
Et nous l’appliquerons « à la façon européenne ». Cela signifie sans bureaucratie. En prenant soin de tester au préalable les impacts économiques, d’impliquer nos partenaires internationaux, et de respecter le droit international.
Fidèles à notre ADN, nous veillerons à maintenir l’équilibre nécessaire entre la préservation de notre ouverture internationale, et la promotion de nos intérêts stratégiques. En garantissant des conditions de concurrence équitables avec nos concurrents, en soutenant et en protégeant notre industrie, notre capital intellectuel, notre main-d’œuvre et nos valeurs.
C’est cette logique que nous défendrons dans chaque initiative.
C’est un acte d’indépendance économique. C’est la mise en œuvre directe du rapport Draghi. C’est un appel à une préférence claire et assumée pour tous ceux qui choisissent l’Europe. »