[La Jaune & la Rouge] Électrification de l’industrie : la France a un atout, mais elle doit l’organiser
Le supplément consacré à l’électrification industrielle et à la décarbonation de l’énergie du numéro 818 de La Jaune & la Rouge, magazine des alumni de l’École polytechnique, donne la parole à Bertrand de Singly (X95), Directeur général adjoint de France Industrie, dans une interview intitulée « Électrification de l’industrie: “La France a un atout, mais elle doit l’organiser” ».
Alors que la décarbonation industrielle entre dans une phase décisive, Bertrand de Singly rappelle que l’enjeu ne consiste pas seulement à produire davantage d’électricité décarbonée. Pour réussir l’électrification de l’industrie, il faut également créer les conditions industrielles, économiques et territoriales permettant aux entreprises d’investir dans de nouveaux procédés, d’accéder aux puissances électriques nécessaires et de préserver leur compétitivité.
La France dispose pour cela d’un atout majeur : une électricité largement décarbonée, disponible et compétitive. Le défi est désormais de transformer cet avantage énergétique en avantage industriel, grâce à des règles stables, des prix lisibles, des infrastructures adaptées et des soutiens ciblés.
Extraits
« La souveraineté de l’électrification est-elle un point central pour France Industrie ? »
Bertrand de Singly : « Notre position est simple : il faut aligner l’agenda climatique et l’agenda industriel. L’électrification doit être pensée comme un levier de décarbonation, mais aussi comme une politique de développement industriel. Cela suppose d’intégrer, dès le départ, la question de la compétitivité des solutions européennes. »
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« Quels sont les principaux freins à l’électrification industrielle ? »
Bertrand de Singly : « Pour un industriel, électrifier un procédé signifie acheter un nouvel équipement, adapter l’usine et parfois modifier profondément l’organisation de la production. C’est une décision lourde. »
À cet investissement initial s’ajoutent d’autres freins : le raccordement au réseau, le coût de l’électricité et l’acceptabilité des nouvelles infrastructures. L’augmentation de la puissance appelée par un site peut nécessiter d’importants travaux sur le réseau, avec des délais et des coûts susceptibles de freiner les projets. France Industrie plaide ainsi pour que le raccordement des sites industriels existants soit considéré comme prioritaire et que les coûts associés puissent bénéficier des aides à la décarbonation.
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Mais réussir l’électrification de l’industrie suppose également de ne pas concentrer l’ensemble des dispositifs sur les seuls sites les plus émetteurs. La transition concerne un tissu industriel beaucoup plus large, composé notamment d’ETI et de PME implantées dans les territoires.
Bertrand de Singly : « Si l’on veut transformer l’ensemble du tissu industriel, il faut aller au-delà du top 50 ou du top 150. Beaucoup d’entreprises moins visibles auront aussi besoin d’accompagnement. C’est là que l’approche territoriale devient indispensable. »
L’accompagnement de la transition doit donc combiner deux échelles : une approche nationale, centrée notamment sur les grands sites et les principales masses d’émissions, et une approche territoriale, au plus près des bassins industriels et des besoins des entreprises. Cette dimension est essentielle pour permettre à l’ensemble du tissu industriel de bénéficier de l’électrification et éviter une transition à deux vitesses.
Dans le même dossier, Aurélie Picart (X02), Déléguée générale du Comité stratégique de filière des Nouveaux Systèmes Énergétiques (NSE), revient dans l’article « Décarboner l’industrie sans l’affaiblir » sur les enseignements de Je-decarbone, une plateforme gratuite dont France Industrie est partenaire et qui est destinée à aider les industriels à identifier les solutions et les accompagnements nécessaires à leurs projets de décarbonation.
D’autres adhérents de France Industrie sont également présents dans ce numéro de La Jaune & la Rouge : EDF, avec Jean-Philippe Laurent (X88), dans l’article « Électrifier l’industrie : un impératif encore sous-exploité » ; Michelin, avec Nicolas Bénézit (X94), dans « Hydrogène : l’Europe vers la vitesse supérieure » ; le Groupe RATP, avec Jimmy Brun (X06), dans « Mettre la performance au service de l’intérêt général » ; et Veolia, avec Pierre Ribaute (X96), dans « Sans eau maîtrisée, pas de souveraineté ».