[La Tribune] « L’Europe doit être une puissance qui produit »
Alexandre Saubot, Président de France Industrie, est signataire, aux côtés de 600 industriels, parmi lesquels de nombreux membres de France Industrie, d’une lettre ouverte appelant à se mobiliser pour un Industrial Accelerator Act (IAA) volontariste. Un texte à l’initiative du Ministre délégué chargé de l’Industrie, Sébastien Martin.
Made in Europe : produire en Europe ou s’effacer, l’heure du choix !
Il fut un temps où nous pouvions encore hésiter : ce temps est révolu.
La concurrence internationale est devenue déloyale : les règles du jeu que nous respectons de bonne foi se retournent contre nos sites de production européens. Droits de douane, subventions massives tournées vers l’export, utilisation de nos dépendances comme leviers géopolitiques… Les règles du jeu ont changé. Ou plutôt, elles ne sont plus respectées. Face à cela, l’industrie européenne est clairement menacée. Depuis le début des années 2000, l’Europe a perdu près d’un million d’emplois dans l’industrie manufacturière. Ses positions technologiques sont contestées, sa base productive se fragilise, et des pans entiers de son tissu industriel dépendent aujourd’hui d’approvisionnements extérieurs qu’elle ne maîtrise plus.
Ce recul n’est pas une fatalité. Nous avons construit un grand marché de 450 millions de consommateurs qui fait notre force, mais pas notre puissance. Aujourd’hui, nous savons que l’Europe doit être une puissance qui produit, pas seulement un marché qui consomme. Car l’industrie est la première richesse d’un pays.
Il ne s’agit pas de choisir entre l’ouverture et la fermeture de notre marché intérieur, mais de faire le choix du « Made in Europe » : utiliser l’argent public pour produire davantage en Europe et pour encourager à investir davantage en Europe.
Les Etats membres ont déjà commencé à soutenir la transformation de leurs industries stratégiques en conditionnant certaines aides publiques à une production européenne ou en utilisant la commande publique pour acheter européen. Ces initiatives ne suffiront pas si elles restent isolées : c’est à l’échelle du marché européen que les Etats structureront les chaînes de valeur nécessaires à notre avenir et à la prospérité des territoires européens.
Nous sommes ouverts à la compétition. Nous croyons en la nécessité d’agir pour améliorer la compétitivité de nos entreprises, en allégeant les charges qui pèsent sur elles. Les entreprises qui veulent produire, investir, innover en Europe sont bienvenues. Nous n’excluons personne. Nous souhaitons une juste compétition et nous voulons que ceux qui vendent sur notre marché contribuent aussi à y créer de la valeur pour garantir notre prospérité.
L’Industrial Accelerator Act peut être le changement de logiciel que les entreprises attendent. A condition qu’il permette véritablement d’utiliser l’argent public européen pour nous conforter, nous qui développons notre empreinte industrielle sur le sol européen comme récompenser les investissements en Europe plutôt qu’hors d’Europe.
Nous partageons cette conviction : l’Europe doit être à la mesure des enjeux. Produire en Europe doit être récompensé. Produire, c’est décider de notre avenir. Décidons-le ensemble.